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Colère sociale en France : les manifestations se poursuivent malgré les interdictions, la police fait usage de gaz lacrymogènes

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
Affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre à Lyon, le 31 octobre 2026. ©AFP

La mobilisation contre la vie chère et en soutien aux revendications des lycéens et des étudiants s’est poursuivie ce samedi 31 octobre dans plusieurs villes françaises, malgré les restrictions et un important dispositif policier. Selon le ministère de l’Intérieur, 320 000 personnes ont participé à cette mobilisation, dont 70 000 à Paris. Cependant, l’intersyndicale jeunesse avance un bilan bien supérieur, estimant la participation à près d’un demi-million de personnes, dont 200 000 dans la capitale.

Alors que les cortèges se sont déroulés dans le calme dans plusieurs villes, les interventions des forces de l’ordre ont donné lieu à des scènes de confrontation, notamment à Grenoble, à Paris et à Marseille. À coups de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de charges, la police a dispersé des manifestants, tandis que de nombreux participants dénonçaient la répression policière et les entraves au droit de manifester.

À Paris, la mobilisation a été marquée par une bataille autour du parcours de la manifestation. La préfecture de police avait interdit les itinéraires proposés par les syndicats et les Gilets jaunes dans le centre de la capitale. Après une première décision du tribunal administratif suspendant l’interdiction du trajet Bastille-Nation, le Conseil d’État a finalement confirmé son interdiction.

Les manifestants ont été ainsi contraints de défiler sur un itinéraire périphérique, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton.

Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait annoncé le déploiement de 70 000 policiers et gendarmes en France, qualifiant la journée de mobilisation de journée à « risque très élevé de troubles à l’ordre public ». Le dispositif comprenait notamment des unités spécialisées telles que la BRI, le RAID et le GIGN, des drones, des hélicoptères ainsi que des véhicules blindés Centaure.

Dans la capitale, la présence policière s’est particulièrement fait sentir autour de la place de la Bastille. Des dizaines de policiers et de gendarmes ont été déployés pour empêcher la tenue de rassemblements non autorisés. Les sacs des passants ont été fouillés et les personnes qui restaient sur place ont fait l’objet de contrôles d’identité. Des haut-parleurs appelaient les personnes présentes à quitter les lieux pour rejoindre le parcours autorisé, sous peine d’une amende de 135 euros.

Une manifestante, âgée de 24 ans, a raconté au Monde avoir été contrôlée et verbalisée alors qu’elle traversait simplement la place pour rejoindre un autre participant. « Je n’étais pas au courant. Je pensais que c’était place de la Bastille le début du rassemblement », a-t-elle expliqué, précisant avoir été fouillée avant de recevoir une amende de 135 euros.

Au terme du parcours autorisé, porte de Charenton, un important dispositif policier a bouclé les sorties. Alors que les manifestants continuaient d’affluer, les haut-parleurs leur indiquaient les axes par lesquels ils pouvaient quitter les lieux. Après une première période de calme, des pétards et des mouvements de foule ont provoqué une situation confuse vers 16 h 45.

En fin d’après-midi, des affrontements ont éclaté porte de Charenton. D’après les images diffusées par BFMTV et rapportées par Le Monde, des forces de l’ordre ont utilisé des grenades lacrymogènes.

À Grenoble, les forces de l’ordre sont intervenues contre le cortège après environ une heure de manifestation. Le rassemblement, parti de la gare et suivant le parcours autorisé par la préfecture, a été interrompu aux abords d’une avenue du centre-ville, où les rassemblements étaient interdits.

Les policiers ont chargé les manifestants et fait usage de gaz lacrymogènes, coupant le cortège en deux et contraignant les participants à faire demi-tour. Ces derniers ont scandé : « Tout le monde déteste la police ! »

De nombreuses pancartes dénonçant les violences policières étaient visibles dans le cortège. Parmi les slogans figuraient notamment : « Dérive autoritaire, on ne va pas se laisser taire », « À bas la maréchaussée » ou encore « 20 ans, encore toutes mes dents, j’aimerais bien repartir avec ! »

À Marseille, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place des Réformés malgré l’interdiction du rassemblement. Le cortège, qui n’avait pas été déclaré, a réuni des lycéens, des étudiants, des parents avec leurs enfants et des retraités.

Les forces de l’ordre avaient installé des barrages pour limiter l’accès à la place et procédaient à des fouilles de sacs, notamment afin de confisquer des masques de déguisement et du sérum physiologique.

Un cortège s’est ensuite dirigé vers le parc Longchamp, sous la surveillance rapprochée des CRS. En fin d’après-midi, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement contre les manifestants.

À Nantes, tandis que le cortège des syndicats est bloqué sur l’île de Nantes, et que les policiers leur bloquent l’accès au centre-ville, certains manifestants se sont quand même retrouvés côté centre-ville, au miroir d’eau, près du château des Ducs, de l’autre côté de la Loire, où les rassemblements y sont interdits pour la journée. Des canons à eau et du gaz lacrymogène ont été utilisés pour disperser la foule.

Les syndicats annoncent 15 000 participants. Avant le début de la manifestation, cinq personnes avaient déjà été interpellées.

À Toulouse, les forces de l’ordre ont eu recours à un canon à eau pour disperser les manifestants, alors que la situation s’était tendue en fin de cortège.

À Rennes, la manifestation a réuni 13 500 personnes selon la préfecture, contre 20 000 selon l’intersyndicale. Ce chiffre est supérieur aux 11 500 participants recensés par les autorités lors de la mobilisation du samedi 24 octobre.

À Limoges, le cortège a rassemblé près de 3 000 personnes, tandis que plus d’un millier de manifestants se sont réunis à La Rochelle en début d’après-midi.

À Lyon, plusieurs milliers de personnes ont également défilé à l’appel d’une intersyndicale regroupant Solidaires, la CNT-SO et l’UNEF, entre la Manufacture des tabacs et la place Jean-Macé. Le parcours avait été fixé à l’écart du centre-ville, où les manifestations étaient interdites par arrêté préfectoral. Le rassemblement s’est déroulé dans une ambiance festive et sans incident notable.

Les participants ont notamment rendu hommage à Pengo Bossio Wangi, un jeune homme de 26 ans tué lors d’un attentat raciste commis le 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Plusieurs pancartes et slogans dénonçaient également la montée de l’extrême droite et les discriminations.

Après six semaines de mobilisation, les organisations étudiantes et lycéennes ont appelé à poursuivre le mouvement, affirmant que les annonces gouvernementales n’avaient apporté que des réponses insuffisantes à leurs revendications.

La mobilisation ne devrait pas s’arrêter à cette troisième journée. Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, a appelé à bloquer les lycées et les universités mardi et jeudi prochains. Elle a dénoncé les tentatives répétées d’interdire les manifestations et les parcours traditionnels, précisant que les revendications des jeunes sont légitimes.

« Dès ce mardi, on va bloquer nos universités et lycées et on bloquera jeudi également pour ensuite aller en manifestation le 5 novembre à l’appel des travailleurs et travailleuses », a-t-elle fait savoir.

De leur côté, les Gilets jaunes ont annoncé leur intention d’organiser une « assemblée des assemblées » les 21-22 ou 28-29 novembre, afin de fédérer les différents mouvements sociaux et de renforcer leur coordination.

Dans un communiqué, la coordination des Gilets jaunes a indiqué que la mobilisation du 17 octobre était un « immense succès et un tournant dans le mouvement social français » et appelé à élargir la contestation autour de la défense des libertés et de l’égalité réelle.

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV