La France s’apprête à vivre samedi 31 octobre sa troisième journée de mobilisation sociale en trois semaines, considérée par l’exécutif comme « à très haut risque ».
Pour le troisième week-end consécutif, de nombreuses mobilisations contre la « vie chère » sont prévues le 31 octobre à travers toute la France, à l'appel notamment de « gilets jaunes » et d'organisations de lycéens et d'étudiants.
La préfecture de police de Paris a ordonné vendredi 30 octobre un couvre-feu dans les secteurs de la place de la République et de Châtelet-Les Halles pour les nuits de samedi à dimanche puis de dimanche à lundi, de 23 heures à 6 heures.
« La circulation des personnes est donc interdite » dans les secteurs de la place de la République et de Châtelet-Les Halles.
Selon le ministère de l’Intérieur, la déambulation doit se faire entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton via les boulevards des Maréchaux. Cet itinéraire, contesté devant le tribunal administratif, est également contesté sur les réseaux sociaux, certains appelant à la désobéissance et à se rassembler place de la Bastille pour aller à Opéra.
Le parcours parisien est au cœur d'un bras de fer judiciaire entre les organisateurs et la préfecture de police. Dans la matinée de vendredi, les autorités avaient imposé par arrêté préfectoral un itinéraire en périphérie de la capitale, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, en passant par les boulevards des Maréchaux. Un trajet qui « permet d'éviter le centre-ville, d'éviter aussi la casse et donne une grande visibilité aux manifestants », avait justifié le préfet de police, Patrice Faure, dans Le Parisien.
Selon l'arrêté de la préfecture de police de Paris, les parcours proposés par la CGT entre les places de la Bastille et de la Nation et par les Gilets jaunes entre Bastille et Concorde avaient été interdits en raison de « risques de violences », renforcés par la « fête d'Halloween », selon le préfet. Une décision conforme à la volonté d'Emmanuel Macron, qui avait prévenu que les manifestations devraient se tenir « hors des centres-villes ».
Mais le tribunal administratif de Paris a autorisé, vendredi 30 octobre, le parcours entre les places de la Bastille et de la Nation, que la préfecture avait interdit plus tôt dans la journée. Le coup d'envoi du cortège est prévu à 14 heures.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a toutefois annoncé dans la foulée que le préfet de police de Paris allait faire appel de cette décision devant le Conseil d'État. « Il y a des risques de troubles à l'ordre public importants », a-t-il justifié lors d'un déplacement à Rouen.
L'itinéraire finalement autorisé reste donc suspendu à cette nouvelle décision judiciaire.
Avant la publication de l'arrêté préfectoral, les autorités avaient informé oralement les organisateurs du refus des trajets proposés. Jeudi, les sept syndicats de salariés et d'étudiants (CGT, FO, FSU, Solidaires, Fage, Union étudiante et Unef) avaient donc décidé d'attaquer en justice, en référé, la préfecture de police afin que soit publié « au plus vite » l'arrêté d'interdiction partielle de manifester, pour avoir ensuite le temps de le contester.
« Faire respecter le droit de manifester »
L'intersyndicale d'Île-de-France s'inquiétait alors « de tomber dans le piège tendu par la préfecture lors de la manifestation du 24 octobre, consistant à prendre un arrêté d'interdiction bien trop tard pour [les] empêcher de le contester devant le tribunal » administratif. Il y a une semaine, les syndicats s'étaient déjà vus imposer un parcours en périphérie de Paris, entre les portes d'Italie et de Vincennes.
70 000 membres des forces de sécurité intérieure sont mobilisés partout en France. Des contrôles pourraient être menés sur les axes vers les centres-villes : contrôles des sacs, fouilles, ouvertures des coffres des véhicules, etc. Tous les axes routiers et ferroviaires sont concernés par ces contrôles, précise le ministère de l'Intérieur.
À Bordeaux, le cortège déclaré samedi pour la mobilisation du 31 octobre est autorisé, contrairement à la semaine précédente, après des « garanties » de sécurisation offertes par l'intersyndicale, a annoncé vendredi la préfecture.
À Perpignan, le rendez-vous est donné à 14 h 30 sur la place Catalogne. Le soir, un couvre-feu a été mis en place à partir de 20 heures et jusqu'à dimanche 6 heures.
À Narbonne, les rassemblements sont interdits dans le centre-ville et aux péages. Un sit-in est organisé devant le théâtre à partir de 14 heures.
À Carcassonne, l'appel à manifester a été donné avec un rendez-vous à 14 h 30, square Chénier, direction la place Gaston-Jourdanne.
Les mobilisations s’inscrivent dans le cadre des protestations contre la vie chère, la dégradation des conditions d’études, la hausse des prix du carburant ainsi que la répression que la police française exerce sur des manifestants pacifiques, les participants affirmant que les forces de l’ordre avaient pris pour cible les lycéens mobilisés, plutôt que de voir le gouvernement proposer des solutions politiques.