Les frappes iraniennes ont causé des milliards de dollars de dégâts aux équipements militaires américains et ont contraint Washington à modifier ses déploiements en Asie de l’ouest, selon une enquête de l’Associated Press documentant d’importantes pertes essuyées par les États-Unis dans toute la région.
Deux responsables régionaux ont indiqué à l’AP que les États-Unis avaient redéployé une grande partie de leurs forces militaires hors du golfe Persique. L’un d’eux a précisé que ces transferts incluaient des avions, des équipements de défense aérienne et des systèmes de communication essentiels au maintien des opérations des bases.
À l’aide d’images satellites provenant de plusieurs fournisseurs et d’entretiens avec quatre responsables régionaux, l’AP a vérifié les dégâts liés à plus de 115 frappes de missiles et de drones revendiquées par l’Iran ou des groupes de résistance régionaux jusqu’en août. Ces frappes ont endommagé ou détruit des infrastructures sur 26 bases militaires et d’autres sites abritant du matériel américain.
Les conclusions de l’enquête indiquent que l’Iran a concentré ses premières frappes sur des installations radar et des hangars d’avions avant d’étendre sa campagne aux infrastructures nécessaires au maintien des déploiements américains.
Radars d’alerte précoce parmi les premières cibles
L’enquête a révélé que des équipements d’alerte précoce figuraient parmi les premières cibles touchées après le déclenchement de la guerre d’agression menée par l’alliance américano-israélienne contre l’Iran fin février. Dès les deux premiers jours, les frappes de représailles iraniennes ont détruit les enceintes de protection des systèmes radar américains du camp Arifjan au Koweït et de la base navale de Bahreïn.
Des équipements radar mobiles situés sur la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, et sur la base aérienne Muwaffaq Salti, en Jordanie, ont également été touchés.
N.R. Jenzen-Jones, directeur d’Armament Research Services, a indiqué que l’Iran avait pris pour cible en priorité des installations radar vitales, dont le remplacement ou la réparation étaient coûteux et complexe. Selon lui, de telles frappes visaient probablement à « perturber et affaiblir la capacité des États-Unis et de leurs alliés à réagir à d’éventuelles frappes ultérieures ».
Un radar, qui a été détruit en Jordanie, appartenait à un système dont l’armée américaine ne possède que 13 exemplaires dans le monde, selon le fabricant Raytheon. D’après les documents budgétaires, le coût de chaque unité s’élève à environ 500 millions de dollars.
Un autre radar, situé au Qatar, a essuyé des dommages importants. Le Qatar en avait fait l’acquisition dans le cadre d’un accord conclu en 2013, pour un montant de 1,1 milliard de dollars ; selon l’agence AP, il s’agirait de la seule installation de ce type dans la région.
Des avions de surveillance et des avions ravitailleurs endommagés
Au cours du premier mois de la guerre, l’Iran a mené plus de 50 opérations réussies contre 18 sites abritant du matériel militaire américain, les installations accueillant des aéronefs figurant en bonne place parmi les cibles.
Sur la base aérienne Prince Sultan, une frappe survenue en mars a endommagé la partie arrière d’un avion de surveillance Boeing E-3 Sentry. Un responsable militaire régional, qui s’est rendu sur place par la suite, a indiqué que cette même attaque avait également endommagé plusieurs autres appareils, dont deux avions ravitailleurs.
Il a fait état d’installations d’hébergement et de restauration détruites, d’équipements endommagés et de débris éparpillés sur la base. L’agence AP a également cité une note d’octobre du Service de recherche du Congrès (Congressional Research Service) faisant état de dommages essuyés par 15 aéronefs américains sur des installations de la région.
Aux Émirats arabes unis, un autre responsable militaire régional a signalé, sur la base aérienne d’Al Dhafra, des dommages touchant des hangars, des drones de surveillance et un système radar d’alerte précoce.
Des bases au Koweït essuient des destructions importantes
Le Koweït a enregistré le plus grand nombre d’attaques identifiées dans l’analyse réalisée par l’agence AP. Sur la base aérienne d’Ali Al Salem, au moins 30 frappes ont endommagé ou détruit au moins 15 hangars pour aéronefs, de nombreuses installations de stockage et 10 bâtiments.
Le camp Buehring a également essuyé des destructions considérables. La plupart de ses hangars ont été rendus inutilisables, tandis que des frappes ont visé des infrastructures destinées aux troupes qui y sont stationnées. Son gymnase a été détruit en mars, et un point de vente militaire a été touché fin juillet. Des responsables régionaux ont par ailleurs fait état de graves dommages causés à un garage et à un réfectoire.
L’attaque la plus meurtrière connue contre du personnel américain durant cette guerre a eu lieu au port de Shuaiba, au Koweït, où une frappe de drone, le 1er mars, a tué six soldats.
Accès restreint aux images satellites commerciales
Selon l’agence AP, les efforts visant à évaluer l’ampleur réelle des destructions ont été entravés par des restrictions imposées sur l’accès aux images satellites commerciales. Les principaux fournisseurs, liés par des contrats avec les États-Unis, ont retardé ou bloqué l’accès du public à ces données à la demande des autorités américaines, invoquant parfois des impératifs de sécurité nationale.
Dans le cas du camp Buehring, des images haute résolution provenant de fournisseurs fiables sont restées indisponibles pendant des mois. Lorsque ces images sont redevenues accessibles fin août, l’agence AP a pu identifier plus de 30 structures endommagées ou détruites, apparues depuis l’interruption de la disponibilité des images début mars.
Raphael Cohen, directeur du programme de sécurité nationale au sein de la RAND School of Public Policy, souligne que la guerre moderne expose les forces armées à « des attaques de drones à grande échelle et à faible coût ».
« Cela devrait servir d’électrochoc aux États-Unis », a-t-il déclaré.
Selon l’agence AP, cette enquête intervient alors que le président américain Donald Trump envisage de nouvelles frappes après les élections de mi-mandat de mardi, tandis que Téhéran a promis des représailles d’envergure.
Une reprise des combats pourrait alourdir le bilan des pertes américaines et compliquer les décisions de Washington quant à la reconstruction des installations endommagées et au remplacement des équipements dans toute la région.