Face à la crise énergétique actuelle et à la flambée des prix des carburants, qui fragilise le pouvoir d’achat des Européens à l’approche de l’hiver, douze pays de l’Union européenne (UE) vont mettre sur le marché 42,6 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques, dans le but de stabiliser les prix à la pompe.
À l’issue d’une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE, tenue jeudi 29 octobre à Luxembourg, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, a averti que la hausse des prix du pétrole et du gaz risquait de mettre de nombreux Européens en difficulté pour régler leurs factures. Il a toutefois précisé qu’il ne s’attendait pas à des pénuries de pétrole ou de gaz en Europe.
« Malheureusement, près de 50 millions d’Européens n'ont actuellement pas les moyens de chauffer correctement leur logement en raison du prix élevé de l'énergie. Il est probable que ce chiffre augmente encore », a déclaré M. Jorgensen aux journalistes.
« Nous ne prévoyons pas de problème d'approvisionnement à proprement parler. Mais pour les citoyens qui peinent à payer leurs factures, cela pourrait ne pas avoir d'importance », a reconnu le commissaire.
« Même sans crise d’approvisionnement, la situation reste difficile pour les citoyens qui n’ont pas les moyens de faire le plein ou de chauffer leur logement. Peu leur importe que l’énergie soit disponible sur le marché s’ils ne peuvent pas se la payer », a-t-il ajouté.
Ces inquiétudes quant à l'accessibilité du gaz surviennent alors qu'à l'approche de cet hiver, les réserves de l'Union européenne n'étaient remplies qu'à 74,93%, contre 82,91% observés l'an dernier à la même date, selon la plateforme européenne Aggregated Gas Storage Inventory (AGSI). Ce niveau de stockage figure parmi les facteurs contribuant à la hausse des prix du gaz.
La semaine dernière, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a averti que l’Europe s’apprêtait à traverser un hiver difficile, marqué par des perturbations de l’approvisionnement en combustibles liées à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Birol a déclaré que la guerre avait touché tous les pays et tous les marchés, entraînant une hausse des coûts de l’énergie et perturbant les chaînes d’approvisionnement. Il a également prévenu que l’exposition de l’Europe à ces perturbations pourrait s’accentuer avec l’augmentation de la demande de gaz naturel liquéfié (GNL) au cours des prochains mois d’hiver, ce qui exercerait une pression supplémentaire à la hausse sur les prix de l’énergie.
Il a prévenu qu'un hiver rigoureux pourrait faire grimper davantage les prix du gaz naturel. « Je pense que si l'hiver est rigoureux, nous pourrions assister à une hausse des prix du gaz naturel en Europe… La vie ne sera pas facile pour l'Europe cette année, ni l'année prochaine », a-t-il déclaré.
Les prix de l’énergie ont bondi depuis que les forces armées iraniennes ont fermé le détroit d’Ormuz en représailles à l’agression américano-israélienne contre l’Iran. Plus de 20 % du commerce mondial de pétrole transite par ce passage stratégique. À cela s’ajoutent les perturbations majeures de l’approvisionnement mondial en pétrole provoquées par des attaques contre des infrastructures énergétiques iraniennes.
Ces perturbations ont fait grimper les prix mondiaux du pétrole et ont conduit à des pénuries de carburant dans les pays qui importaient l'essentiel de leurs approvisionnements depuis la région du golfe Persique.
Dans le contexte de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le président américain Donald Trump a fait pression sur l'Europe pour qu'elle débloque ses réserves stratégiques, alors que les prix du pétrole s'envolaient. Le coût élevé des carburants est également devenu un enjeu majeur pour lui, à l’approche des élections législatives américaines prévues mardi prochain.
À la mi-octobre, l’AIE a appelé ses pays membres à libérer davantage de réserves stratégiques de pétrole en prévision de l’hiver.
Conformément à un engagement pris dans le cadre du G7, le commissaire européen à l’Énergie Dan Jorgensen, a annoncé que douze pays de l’Union européenne vont mettre sur le marché quelque 42,6 millions de barils de pétrole, dont la moitié de gazole, issu de leurs réserves stratégiques, d’ici à la fin janvier 2027, afin d'alléger la pression sur les approvisionnements en carburant et sur les marchés.
« Les États membres de l’UE ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une mise à disposition accélérée de 42,6 millions de barils provenant des réserves stratégiques au cours des prochains mois, et environ la moitié de ces volumes sera constituée de gazole », a déclaré Jorgensen.
Les 12 pays, dont la France, l'Allemagne et l'Italie, ont déclaré dans un communiqué commun qu'ils libéreraient le pétrole de leurs réserves stratégiques d'ici la fin janvier 2027, dont 20,5 millions de barils de diesel. Les autres pays européens concernés sont la Belgique, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède.
De son côté, la France a annoncé, le 12 octobre, la mise à disposition de dix millions de barils de produits pétroliers issus de ses stocks stratégiques au profit des distributeurs, dans l’espoir de faire baisser le prix du litre à la pompe de 12 à 18 centimes. Le gouvernement français table sur « une baisse visible » des prix dès dimanche, grâce à ce déstockage.
Par ailleurs, la Commission européenne a annoncé mercredi qu’elle travaillerait en étroite collaboration avec les raffineries du continent afin d’accroître la production de carburants dans les installations existantes.
« Nous travaillerons à augmenter la production des raffineries européennes. Le secteur a présenté certaines propositions que nous devons évaluer », a déclaré Dan Jorgensen.
Selon les derniers chiffres de la Commission européenne, le prix moyen de l'essence dans l'UE s'élevait à 1,954 € le litre, tandis que celui du gazole atteignait en moyenne 2,146 € le litre au cours de la semaine du 26 octobre — soit des hausses respectives de 19,4 % et 34,6 % par rapport aux niveaux d'avant-guerre —, alors même que les capitales européennes gardaient le silence sur l'agression contre l'Iran, voire la soutenaient.