La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a dit qu’elle quitterait ses fonctions neuf mois avant la fin de son mandat. Elle a expliqué ne plus être en mesure de préserver sa neutralité alors que, selon elle, « la vérité » était bafouée et déformée.
Christine Lagarde a annoncé jeudi qu’elle quitterait la présidence de la BCE le 7 février 2027, au lieu d’aller au terme de son mandat de huit ans, qui devait s’achever en octobre de la même année.
Pour expliquer sa décision, elle s'est interrogée directement sur sa capacité à continuer d'observer la neutralité politique requise de la direction de la banque centrale.
« Je ne pense pas pouvoir rester neutre », a-t-elle déclaré aux journalistes à Francfort.
Elle a ensuite fait part de ses préoccupations quant à la manière dont le débat public est façonné. «Je m'intéresse à la vérité, et je vois que la vérité est très souvent abîmée, contredite par des déformations », a-t-elle ajouté.
Christine Lagarde a également lié sa décision à son expérience au sein des institutions économiques et financières internationales, où elle a occupé des fonctions de premier plan pendant plus de vingt ans, notamment au Fonds monétaire international (FMI) et à la BCE.
Après plus de 20 ans au Fonds monétaire international (FMI) et à la BCE, il y a des choses qu'elle estime devoir dire. « Que les gens écoutent ou non, c'est une autre histoire. Mais je pense que je dois dire ces choses, et je ne peux pas le faire dans mes fonctions actuelles », a-t-elle ajouté.
Christine Lagarde a également expliqué les contraintes institutionnelles qui motivent sa décision. La BCE, a-t-elle rappelé, s’exprime sur les évolutions économiques en se concentrant sur les questions de politique monétaire et ne doit pas dépasser le cadre de son mandat. « C’est le prix à payer pour notre indépendance », a-t-elle souligné.
L’annonce de son départ est intervenue après que la BCE a décidé de maintenir son taux de dépôt inchangé à 2,5 %, malgré une inflation de 3,8 % dans la zone euro en septembre et une hausse de 18,9 % des prix de l’énergie sur un an, dans un contexte marqué par l’agression américano-israélienne contre l’Iran.
Christine Lagarde a toutefois révélé que les membres du Conseil des gouverneurs avaient sérieusement débattu de l’opportunité d’une hausse des taux avant de décider, à l’unanimité, de les maintenir à leur niveau actuel. Deux facteurs ont notamment pesé dans cette discussion : la hausse persistante des prix de l’énergie et l’augmentation des rendements des obligations d’État à dix ans dans la zone euro, qui ont progressé d’environ 35 points de base depuis les dernières projections de septembre. Cette hausse renchérit également les conditions d’emprunt pour les ménages et les entreprises.
Cette démission anticipée semble également liée aux calculs politiques entourant l’élection présidentielle française de 2027, notamment à l’éventualité d’une victoire de la candidate d’extrême droite Marine Le Pen. En quittant ses fonctions avant cette échéance, Christine Lagarde permet aux dirigeants de l’Union européenne de désigner son successeur alors qu’Emmanuel Macron, favorable à l’intégration européenne, est toujours à la présidence de la République française.
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Ce calendrier pourrait ainsi éviter qu’une éventuelle victoire de Marine Le Pen n’influe sur le choix du prochain président de la BCE, un poste qui confère à son titulaire une influence considérable sur les politiques économiques et financières de la zone euro.
La succession de Christine Lagarde revêt également une portée politique plus large. Son remplaçant sera désigné à l’issue de négociations entre les États membres de l’Union européenne, parallèlement à la nomination de deux autres hauts responsables de la BCE, dont les postes deviendront également vacants en 2027.