Le recours excessif à la force contre les manifestants suscite l’inquiétude en Europe, où les mobilisations sociales se multiplient de la France à la Belgique en passant par l’Italie. Mardi, le chef des droits humains de l’ONU a condamné les violences qui émaillent ces rassemblements, tout en alertant sur les agissements des forces de l’ordre et la nécessité de respecter le droit de manifester pacifiquement.
La contestation gagne les rues européennes, et les réponses policières inquiètent les Nations Unies. Dans une déclaration, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé les gouvernements de cinq pays – France, Belgique, Italie, Albanie et Portugal – à mettre fin à l’escalade des violences qui accompagne une vague de manifestations contre la vie chère, les inégalités et la dégradation des services publics.
« Les gens ont le droit de manifester pacifiquement et de faire entendre leurs voix », a insisté le responsable onusien, basé à Genève. « Les États doivent faciliter l’exercice de ces droits ». Son avertissement intervient après plusieurs journées de manifestations marquées par l’usage de gaz lacrymogènes, le recours à des canons à eau et des centaines d’interpellations.
En France, la mobilisation, née en septembre d’un mouvement de protestation contre le manque de moyens dans l’enseignement, s’est progressivement élargie à la hausse des prix et au recul des services publics. Samedi, des manifestations ont dégénéré dans plusieurs villes, notamment à Paris et Marseille, où plus de 2 400 personnes ont été interpellées, selon la presse.
La colère a également franchi les frontières
En Belgique, des rassemblements de lycéens, initialement mobilisés autour des questions d’éducation, ont rejoint une contestation plus large contre les mesures d’austérité du gouvernement fédéral. Samedi, les manifestations à Bruxelles et à Liège ont donné lieu à près de 200 arrestations, dont plus de 25 mineurs. Barricades, véhicules incendiés et vitrines brisées ont alimenté les tensions entre autorités et manifestants.
En Italie, notamment à Milan, les protestations contre le coût de la vie et les difficultés économiques ont également dégénéré en affrontements.
En Albanie, où la contestation vise le gouvernement d’Edi Rama, des étudiants dénoncent la corruption, les conditions d’enseignement et le manque de perspectives économiques.
Au Portugal, la crise du logement cristallise les mécontentements. Mardi à l’aube, la police a démantelé deux campements installés sur des places de Lisbonne et de Porto pour protester contre la flambée des loyers. Au moins 55 militants ont été arrêtés. Les autorités défendent une opération légale et proportionnée, tandis que des organisateurs dénoncent une intervention brutale.
Face à cette succession de troubles, Volker Türk s’est inquiété des méthodes employées pour rétablir l’ordre. « Je suis préoccupé par les informations faisant état d’un recours inutile et excessif à la force contre des manifestants, y compris des enfants », a-t-il averti.
Il a rappelé que toute intervention policière doit rester « légale, nécessaire et proportionnée » et demandé des enquêtes rapides, efficaces et indépendantes sur les accusations d’usage illégal de la force. Les victimes doivent pouvoir obtenir réparation et les responsables rendre des comptes.
L’ONU appelle également les gouvernements européens à s’attaquer aux causes profondes de cette contestation. Si les revendications diffèrent d’un pays à l’autre, elles traduisent des préoccupations communes, notamment les difficultés d’accès au logement, la hausse du coût de la vie, la dégradation des services publics et l’aggravation des inégalités.
La place des jeunes dans ces mobilisations retient particulièrement l’attention du Haut-Commissaire. Des lycéens français aux étudiants albanais, une même génération exprime son mécontentement face à des perspectives économiques et sociales qu’elle juge de plus en plus incertaines.
Il a appelé les États à instaurer un dialogue « constructif, inclusif et de fond », notamment avec les jeunes, et à prendre des mesures concrètes dans les domaines de l’éducation et du logement, ainsi que dans la lutte contre les inégalités.
Le message adressé aux capitales européennes dépasse ainsi la seule gestion du maintien de l’ordre : le retour au calme ne saurait, à lui seul, résoudre les crises sociales qui ont poussé les manifestants dans la rue.