Le taux d’emprunt de la France à 10 ans a dépassé 4,89% ce jeudi, son plus haut niveau depuis 2002. Une flambée qui intervient alors que l’État prévoit de lever un montant record de 340 milliards d’euros sur les marchés en 2027.
La tension monte encore sur la dette française. Peu avant la présentation du budget 2027 par le gouvernement, le taux d'intérêt de l'emprunt de référence de la France à 10 ans a dépassé les 4,89%, contre 4,85% la veille à la clôture. Il atteint son plus haut niveau depuis 2002, alors que les investisseurs s'inquiètent à la fois de la remontée mondiale des taux et de la situation des finances publiques françaises.
La hausse est spectaculaire sur une période très courte. Début septembre, l'Agence France Trésor avait placé des obligations à 10 ans avec un rendement moyen de 4,23%, contre 3,90% en août, 3,73% en juillet et 3,45% en février, avant le déclenchement de la guerre contre l'Iran.
Les taux français connaissent une envolée d’une ampleur inédite depuis près de 40 ans. Le rendement de l’OAT à 10 ans a grimpé de 1,13 point de pourcentage depuis début juillet, sa plus forte hausse trimestrielle depuis 1987, et frôle désormais les 5%. Une flambée qui renchérit encore le coût de la dette au moment où la France s’apprête à emprunter un montant record en 2027.
« Les marchés redoutent que la classe politique française ne joue la montre en attendant l’élection présidentielle. Et ce, alors que la situation est très sérieuse: l’Hexagone emprunte désormais [...] plus cher que l’Italie, indique Vincent Juvyns, le stratégiste en chef d'ING Belgique à La Tribune.
L’enjeu des prochains mois est de restaurer la confiance des marchés dans la solidité de la France sur le plan budgétaire. D’autant qu’il y a un doute, à ce stade, que le prochain président de la République reçoive un mandat clair pour s’attaquer au redressement des finances publiques. »
Un niveau que la France n'avait plus connu depuis près de 25 ans
Il faut désormais remonter à 2002 pour retrouver des taux à 10 ans à de tels niveaux. Au printemps de cette année-là, le rendement des obligations françaises dépassait encore 5 %, avant de reculer progressivement, à 4,95 % en juillet 2002 puis à 4,67 % en août.
Mais en 2002, les taux d'intérêt étaient structurellement beaucoup plus élevés qu'au cours des années 2010 et du début des années 2020. Aujourd'hui, la remontée intervient surtout après une longue période pendant laquelle la France a pu se financer à des taux extrêmement faibles, voire négatifs.
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Mais la France subit également une pression qui lui est propre. Les investisseurs demandent désormais une rémunération nettement supérieure pour détenir de la dette française plutôt que de la dette allemande, considérée comme la référence la plus sûre de la zone euro.
L'écart de taux, le fameux « spread », entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans atteint 1,29 point de pourcentage ce jeudi 1er octobre.
Les investisseurs s'inquiètent notamment du niveau du déficit et de la dette française ainsi que des incertitudes politiques à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. La dette publique française a atteint 3.596 milliards d'euros à la fin du deuxième trimestre, soit environ 119% du PIB.
Cette remontée des taux ne signifie pas que l'ensemble des quelque 3.600 milliards d'euros de dette française est immédiatement refinancé à près de 5%. L'État continue de payer les intérêts prévus lors de l'émission de ses anciennes obligations.
Mais à mesure que ces titres arrivent à échéance, ils doivent être remplacés par de nouveaux emprunts émis aux conditions actuelles, beaucoup moins favorables. Et la France doit lever des sommes considérables sur les marchés.